Nous, étudiants, voulons que le climat soit vraiment enseigné à l’école

21 décembre 2018 / Des jeunes, étudiantes et étudiants

Dans le cadre de la réforme des programmes scolaires du lycée, des dizaines de jeunes et d’étudiants se mobilisent pour demander à ce que l’éducation au climat et à la biodiversité soit enfin partie intégrante du tronc commun, en tant qu’enseignement fondamental. Ils en appellent au ministre dans cette lettre ouverte.

Plusieurs associations de jeunes et d’étudiants se sont réunies autour de cette tribune pour demander au ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, à « être formés et outillés pour faire face au plus grand enjeu de notre siècle, à savoir le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité ». La liste des signataires est à la fin du texte.


À l’attention du ministre de l’Éducation

Monsieur le Ministre,

Aujourd’hui, 20 décembre 2018, nous, jeunes, étudiants et étudiantes, souhaitons appuyer la tribune parue dans Médiapart le 15 décembre « Assurons à nos lycéens une solide éducation scientifique au climat et à la biodiversité ! » cosignée par Valérie Masson Delmotte, paléoclimatologue, Gilles Boeuf, biologiste, président du conseil scientifique de l’Agence française pour la biodiversité.

En effet, nous, jeunes, étudiants et étudiantes, déplorons la grave insuffisance de contenu dans ces programmes sur les changements climatiques et sur l’effondrement de la biodiversité.

Nous, jeunes, étudiants et étudiantes, avons ressenti à de multiples reprises l’absurdité de notre ignorance face à la gravité des enjeux.

Nous, jeunes, étudiants et étudiantes, demandons à ce que les mécanismes et les conséquences des changements climatiques, ainsi que les solutions possibles pour les atténuer ou s’y adapter, soient plus largement intégrés au sein des programmes de seconde et de première concernés par cette réforme, et à une plus large échelle au sein du système éducatif français.

Les effets du dérèglement climatique vont, dans les prochaines décennies, transformer en profondeur nos sociétés. Il est vital que ceux qui subiront de plein fouet ces effets possèdent une éducation de qualité sur ces sujets et des outils pour y faire face. En tant que citoyens et citoyennes, nous sommes et serons des acteurs de l’atténuation mais aussi de l’adaptation de nos sociétés à ces effets. Il serait irresponsable de ne pas changer en profondeur les programmes scolaires pour qu’ils s’inscrivent dans le contexte de notre monde en transition.

La France se doit d’être exemplaire en matière d’engagements environnementaux et climatiques 

Un·e lycéen·ne doit avoir conscience de l’urgence de réduire nos émissions mondiales et particulièrement dans les pays développés. Un·e lycéen·ne doit être capable d’identifier les principales sources d’émissions de gaz à effet de serre, et les leviers d’action individuels et collectifs pour les endiguer. Un·e lycéen·ne doit avoir conscience des impacts directs et indirects des changements climatiques, notamment de la montée du niveau des océans. Un·e lycéen·ne doit connaître les enjeux de la transition énergétique. Un·e lycéen·ne doit être en mesure de dresser des ponts entre les échelles locale et globale. Somme toute, un·e lycéen·ne doit pouvoir réaliser l’ampleur de l’enjeu climatique et son aspect systémique, afin d’être en capacité de se mobiliser pour y faire face.

Un monde en transition se construit par des citoyens et citoyennes éclairé·e·s responsabilisé·e·s et autonomes dans leurs réflexions. À l’heure des réseaux sociaux et de leur flux continuel d’informations souvent contradictoires et imprécises, il est essentiel que nous possédions des connaissances solides sur ces sujets dès le plus jeune âge. À l’heure où les populations les plus vulnérables souffrent déjà cruellement des dérèglements climatiques, il est inadmissible que notre accès à une information de qualité soit limité à une acquisition via nos engagements personnels ou, au mieux, par le choix d’un cursus spécialisé.

En tant qu’hôte de la 21e Conférence des parties des Nations unies sur les changements climatiques en 2015 qui a donné lieu à l’Accord de Paris, la France se doit d’être exemplaire en matière d’engagements environnementaux et climatiques. Faut-il rappeler qu’en ratifiant l’Accord de Paris, la France s’est engagée, dans l’article 12, à prendre « des mesures pour améliorer l’éducation, la formation, la sensibilisation, la participation du public et l’accès de la population à l’information dans le domaine des changements climatiques » ?

C’est dans cette perspective que nous demandons à ce que les mécanismes et les conséquences des changements climatiques, et de la perte de la biodiversité ainsi que l’éducation au développement durable soient intégrés au sein des programmes de seconde et de première concernés par cette réforme.

Nous demandons à ce que ces thématiques soient incluses dans le tronc commun au même titre que les enseignements fondamentaux ; la connaissance de ces enjeux n’est pas une option et doit être transmise à chaque élève du nouveau lycée.

Nous demandons que ces enjeux soient représentés dans les programmes de manière suffisamment ambitieuse et concrète, par le biais d’une approche systémique et pluridisciplinaire, à la fois théorique et pratique.

En clair, nous, jeunes, étudiants et étudiantes, « génération future » à point nommée, exigeons d’être outillé·e·s à la juste mesure du plus grand enjeu de notre siècle.


Premiers signataires :

CliMates, le REFEDD, JAC (Jeunes Ambassadeurs pour le Climat), WARN !, Avenir Climatique, AKUU, JADS (Jeunes Acteurs pour un Développement Soutenable), Alliance pour une éducation citoyenne, makesense, NOISE Agroparistech, NOISE ESSEC, NOISE Assas, NOISE Sorbonne, Emergence Icam, B3D (Bureau du Développement Durable), Mediterranean Youth Climate Network, Dauphine Durable, Planet&Co Centrale Lyon, DDX - Développement Durable à l’École polytechnique, COP Trotter, Poly’earth, LUPA, Groupe "Changer les formations" d’Ingénieurs Engagés, Groupe Naturaliste de l’Université de Montpellier (GNUM), SciencesPo Environnement, E’Voca’Terre, Vert’Mines, Écocampus ENS, Horizon d’Ailes, Comité RSU étudiant Dauphine, On the Green Road, Devinci Durable, ISAR’Aquatique, ACTE IAE Grenoble - Agir collectivement pour la transition écologique, Cultive Ta Tête et Ton Assiettef, Collectif jeunes du Pacte Finance-Climat, Assas environnement, Univert, EcosysT’Aime - ENSTA Paristech, Together for Earth, Cultivons l’Ethique, Echo’Logik, Ecoal’A7




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Source : Courriel à Reporterre

Photo :
. chapô : Image de synthèse du projet du lycée international de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). © Epicuria Architectes via Flickr (Conseil départemental des Yvelines/CC BY-ND 2.0)

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.


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