Pot en terre, fermentation... nos idées pratiques pour débrancher le frigo

20 juillet 2018 / Marie Astier (Reporterre)

Alors que la chaleur nous enveloppe et la torpeur nous saisit, alors que les après-midi de vacances laissent libre cours à l’oisiveté, à l’imagination et aux nouveaux projets, à Reporterre, on a décidé de saisir cette occasion pour vous proposer un petit défi de l’été : et si l’on tentait de se passer de frigo ? Voici un tutoriel et quatre conseils pour vous aider à vous lancer.

Du temps pour des travaux pratiques ? En avant !

Le tuto : le « frigo du désert »

Le principe est simple : deux pots ou jarres en argile sont emboîtés l’un dans l’autre, une épaisseur de sable mouillé est disposée entre les deux. Le tout est recouvert d’un linge humide. L’évaporation de l’eau permet d’évacuer la chaleur et donc de refroidir l’intérieur du pot. Il faut donc régulièrement humidifier le sable.

Il est principalement utilisé pour conserver des légumes. Il ne permet pas d’obtenir des températures suffisamment basses pour la viande, le poisson ou les produits laitiers, mais certains articles affirment que sa température peut descendre jusqu’à 6°C.

Les tutoriels se multiplient sur la toile, voyez ici ou , ou encore en vidéo :

La pointilleuse rédaction de Reporterre n’étant néanmoins pas tout à fait convaincue, on a donc « testé pour vous ».

Matériel :

  • Deux pots en argile avec au moins dix centimètres de différence de diamètre (nos pots n’en avaient pas assez). L’idéal est que l’ouverture du pot intérieur ne soit pas trop large (mais assez quand même pour pouvoir sortir les aliments facilement !),
  • De quoi boucher le fond des pots s’ils sont percés (argile crue dans notre cas, mais si vous n’en avez pas sous la main faites preuve d’inventivité : bouchon de liège, pâte à modeler...),
  • Du sable,
  • De l’eau,
  • Si vous avez, un thermomètre pour tester les performances de votre réfrigérateur fait maison.

Les étapes de réalisation :

Commencez par boucher le fond de vos pots si besoin.

Ensuite, commencez à remplir de sable sur quelques centimètres le pot le plus grand. Humidifiez le sable au fur et à mesure. Introduisez le deuxième pot dans le premier tout en ajustant la couche de sable de façon à ce qu’ils se trouvent environ à la même hauteur (c’est même mieux si le plus petit dépasse du plus grand d’un ou deux centimètres).

Continuez de mettre du sable entre les deux pots. Opération délicate : il faut essayer d’en mettre le moins possible dans le pot intérieur. Continuez d’humidifier au fur et à mesure. Arrêtez-vous environ deux centimètres avant le haut du petit pot. Cela évitera de mettre de l’eau voire du sable dans votre « réfrigérateur » quand vous arrosez le sable.

Il ne reste plus qu’à le positionner dans un courant d’air afin de favoriser le phénomène de transpiration et de le recouvrir d’un linge humide. Si vous avez une terrasse à l’ombre et légèrement ventée, à lire les divers articles sur le sujet, il semble que ce soit l’idéal. Il faut ré-humidifier régulièrement le sable et le linge, en fonction de la vitesse à laquelle ils sèchent.

Nous avons réussi à obtenir une différence de 6°C entre le fond de notre réfrigérateur et l’air ambiant. Mais il semble que quelques soucis techniques aient empêché de meilleures performances : pas assez de sable entre les deux pots (il aurait fallu choisir un pot intérieur plus petit), ouverture trop grande (il aurait fallu par exemple des pots plus hauts et moins larges). Tout cela aurait sans doute amélioré le différentiel de température. Nous poursuivons les tests, faites-nous des retours de votre côté !

En attendant d’avoir un réfrigérateur sans électricité totalement fonctionnel, vous pouvez aussi conserver vos aliments autrement.

Quatre conseils pour se passer de frigo

Pour l’instant plus discret que le mouvement zéro déchet, celui que l’on pourrait appeler des « sans frigo » se développe sur la toile. Des blogueurs, des quidams, des journalistes l’ont tenté et affirment y avoir survécu !

Figure médiatisée de cette pratique, la journaliste écolo Marie Cochard a publié à l’automne dernier Notre aventure sans frigo (éd. Eyrolles). Elle y multiplie les conseils afin de conserver les aliments, le tout étant également distillé sur la toile via des interviews ou des web-conférences. Nous avons tiré de son expérience — et de la nôtre — quatre conseils pour commencer.

1 – Manger écolo

C’est la première leçon de Marie Cochard : pour se séparer de son frigo, il faut adapter son alimentation. Plats préparés et aliments transformés voire ultra-transformés du rayon frais sont nés de la société du frigo. Abandonnez-les, désormais il faut remplir le panier de produits bruts, ayant parcouru le moins de kilomètres possible et frais. Fruits et légumes n’ont pas besoin d’être mis au frigo, de même que les fromages… C’est même encore mieux car cela préserve leur goût et leurs qualités nutritionnelles. Ne restent alors plus que la crème, la viande et le poisson : la solution est d’acheter le jour même où on les consomme.

Étant donné que vous êtes un fervent lecteur de Reporterre et que vous avez déjà adapté votre alimentation aux défis écologiques et sanitaires de notre siècle, nous sommes confiants dans le fait que cette étape est pour vous une simple formalité.

2 – Ré-organiser sa cuisine

Ce placard grand format évacué de la cuisine, de la place est libérée… Marie Cochard partage plusieurs astuces simples pour en profiter. Notamment pour le stockage des légumes, quelques espaces nouveaux peuvent être créé dans la cuisine ou ailleurs dans la maison :

  • une bassine ou un contenant avec un peu d’eau dans le fond permettant de mettre les pieds dans l’eau aux légumes feuilles, situé idéalement à côté du lavabo ;
  • un « bac à sable » pour les légumes racines ;
  • un coin sombre, frais mais pas trop et pas trop humide non plus pour les pommes de terre, les endives ou les carottes et plus généralement les légumes (placard contre un mur nord par exemple) ;
  • pour les fruits, réservez-leur de l’espace pour bien les étaler à plat plutôt que de les empiler, et ayez au moins deux espaces différents car certains fruits ne font pas bon ménage (pommes et bananes ne vont pas avec les kiwis, coings et poires ne doivent pas se côtoyer).

3 – Devenir un ami des bonnes bactéries

À la découverte des légumes lacto-fermentés.

Plein de procédés de conservation consistent non pas à combattre les bactéries, mais à favoriser le développement des bonnes, qui protégeront les aliments des mauvaises.

La fermentation est décrite par Marie-Claire Frédéric, journaliste et historienne auteure d’un ouvrage sur le sujet (Ni Cru Ni Cuit, éd. Alma), comme le plus ancien moyen de conservation des aliments découvert par l’homme. Elle serait antérieure à la cuisson. Des aliments quotidiens tels que le pain ou le fromage sont des aliments fermentés, mais le principe peut également permettre de conserver pendant plus d’un an une diversité de produits, et notamment les légumes. Le blog de cette historienne culinaire regorge de conseils pour les apprentis sorciers ayant envie de se lancer dans l’aventure de la fermentation.

Le plus simple est de commencer par les légumes lacto-fermentés. De la saumure (eau + sel), ou juste du sel, deux semaines d’attente au moins, et le résultat peut être gardé plus d’un an. C’est ainsi que sont fabriqués la choucroute, les pickles, les feuilles de vignes entourant les dolmas grecs… Mais Marie-Claire Frédéric indique que tous les légumes peuvent, sur le principe, être lacto-fermentés. Reste à voir si le résultat vous plaît car la fermentation change les goûts. A noter qu’elle conserve voire augmente la qualité nutritionnelle des légumes. Pour les débutants, notre spécialiste conseille de commencer par les légumes-racine.

Les plus téméraires peuvent se lancer dans les viandes et poissons, pour lesquels la technique de la saumure ou du salage peut également être utilisée (pour faire du corned-beef par exemple !). Le fumage est également une solution de conservation.

4 – Mettre vos aliments à sécher

Enfin une activité adaptée à l’été ! Plusieurs solutions s’offrent à vous : vous pouvez avoir à disposition un dessiccateur. Dans ce cas, herbes aromatiques, champignons coupés en tranches, petits fruits rouges, raisins, pommes, agrumes ou bananes en rondelles, tomates et légumineuses peuvent y passer pour assurer un séchage optimal puis aller reposer dans des pots hermétiques les protégeant de l’humidité.

Mais pas forcément besoin d’un appareil électrique pour tout ça (d’autant qu’on essaye de se passer d’un autre). Marie Cochard propose de confectionner des guirlandes — de champignons ou de kakis —, puis de les suspendre dans un endroit aéré comme le grenier si vous en avez un. Pour les denrées que l’on ne peut pas suspendre, il est possible de les disposer sur des grilles placées au soleil.

Autre technique éprouvée par la rédaction de Reporterre, le séchage des herbes aromatiques sur l’étendoir à linge : étalez-les sur un chiffon à plat, et placez votre étendoir devant une fenêtre ensoleillée.

Maintenant qu’on vous a donné quelques idées, réfléchissez : quelles techniques de conservation connaissez-vous ? Les confitures (conservation par le sucre et la cuisson), les conserves (conservation par stérilisation), les fruits dans l’alcool, les cornichons dans le vinaigre… À vous de vous lancer. On attend vos retours, vos conseils, vos recettes à partager.



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Source : Marie Astier pour Reporterre

Photos : © Marie Astier/Reporterre

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