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Le journal de la COP : un enthousiasme douché par les Polonais et… par les Français

4 décembre 2018 / Dorothée Moisan (Reporterre)

Lundi 3 décembre, au deuxième jour de la COP24, quelques discours puissants ont marqué les esprits. Vite tempérés par les Polonais puis par le ministre français de la Transition écologique. Schwarzenegger a tenté de rétablir l’équilibre. Deuxième épisode du « Journal de la COP » de l’envoyée spéciale de Reporterre.

  • Katowice (Pologne), envoyée spéciale

Lundi matin, en marchant sous une pluie fine vers la Spodek Arena, la « soucoupe volante » qui abrite la COP24, je commençais à douter que la COP24 ait véritablement débuté la veille : seuls quelques policiers surveillant les rues piétonnes assoupies et le passage d’un hélicoptère de la police ont fini par me convaincre qu’un événement international aux milliers de participants s’était invité à Katowice. Une fois entrée dans la soucoupe volante, les longues files d’attente aux portiques de sécurité m’ont confirmé que l’on entrait aujourd’hui dans le vif du sujet.

L’attente aux portiques de sécurité.

La journée de lundi 3 décembre a été marquée par la plénière d’ouverture et les discours d’une vingtaine de chefs d’État et de gouvernement. Quelques discours, puissants, ont marqué les esprits. Après avoir remis le symbolique petit marteau de bois au Polonais Michal Kurtyka, qui préside la COP24, Frank Bainimarama, Premier ministre des îles Fidji, a une nouvelle fois crié au loup : « La fenêtre pour agir se ferme à grande vitesse. Le temps presse. » Car même si les 196 États signataires de l’accord de Paris réalisaient les promesses faites durant la COP21 pour réduire leurs émissions, la planète se réchaufferait d’au moins 3,2 °C d’ici la fin du siècle, bien loin des 1,5 °C nécessaires pour sauver les nombreuses populations insulaires de la submersion. Il y a quelques jours, un rapport onusien a conclu que les États devraient multiplier par cinq leurs engagements pris en 2015 pour ne pas dépasser les 1,5 °C. « Cela veut dire cinq fois plus d’action, cinq fois plus d’ambition », a redit le représentant fidjien, avant d’en appeler à la protection divine : « Que Dieu nous pardonne, si nous ignorons les preuves irréfutables, nous deviendrons la génération qui a trahi l’humanité. »

« Le changement climatique va plus vite que nous et nous devons le rattraper avant qu’il ne soit trop tard » 

Faisant écho aux propos de la présidence polonaise, qui appelle de ses vœux « une transition juste », M. Bainimarama a tenu à alerter ses homologues sur le danger d’un tel discours : « Il ne faut pas seulement œuvrer à une transition juste pour les travailleurs » du secteur des énergies fossiles, « mais à une transition juste pour tous, et notamment pour les populations les plus vulnérables au changement climatique ». « Il y a encore de la place dans notre canoë. Rejoignez-nous pour ce voyage », a-t-il invité les diplomates du monde entier.

M. Bainimarama, le Premier ministre des îles Fidji.

« Chers amis, nous sommes dans de grandes difficultés, a poursuivi le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Le changement climatique va plus vite que nous et nous devons le rattraper avant qu’il ne soit trop tard. Pour beaucoup de personnes, de régions ou même de pays, il s’agit déjà d’une question de vie ou de mort. […] Par rapport au niveau de 2010, les émissions doivent baisser de 45 % en 2030 et être nulles d’ici 2050. […] Si nous échouons, l’Arctique et l’Antarctique continueront à fondre, les coraux à blanchir et même à mourir, les océans monteront, plus de gens mourront de la pollution de l’air, les pénuries d’eau seront un fléau pour une grande partie de l’humanité et le coût de ces désastres montera en flèche. »

Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies.

« Certains pourraient dire qu’il s’agit d’une négociation difficile, a-t-il poursuivi, mais ce qui est vraiment difficile, c’est d’être un pêcheur des îles Kiribati qui voit son pays risquer de disparaître ou […] une femme en République dominicaine […] essuyant ouragan sur ouragan. »

La présidence polonaise de la COP s’est ensuite chargée de ramener tout le monde les pieds sur terre. Après une vidéo vantant les beautés de sa nature, ses quelque 1.500 réserves et ses remarquables forêts, le tout conclu par quelques minutes live d’un fameux accordéoniste local, le président polonais, Andrzej Duda, a tempéré les ardeurs onusiennes et rappelé que la nature avait beau être sympathique à regarder, elle avait ses limites. « Nous ne pouvons pas mettre en œuvre des politiques climatiques contraires à la volonté de la société et au détriment des conditions de vie », a-t-il averti, « persuadé que le progrès technique, qui est à l’origine du changement climatique, peut également contribuer à améliorer les conditions dans le monde entier ».

Autant dire que la Pologne ne songe pas un instant à abandonner ses centrales à charbon. Elle préfère rêver à cette douce utopie d’un « charbon propre », qui consiste à traiter les fumées toxiques sortant des centrales à charbon ou à séquestrer sous terre le carbone émis. C’est d’ailleurs ce qu’a confirmé quelques minutes plus tard le maire de Katowice, assurant qu’il voulait « ouvrir une page nouvelle dans l’histoire de l’humanité », mais cela, tout en continuant « à exploiter le charbon de manière compatible avec l’environnement ».

Cette COP est « en quelque sorte une conférence de transition » 

Difficile donc de deviner à ce stade quel sera dans 15 jours le niveau d’ambition retenu. Et je dois vous avouer que ce n’est pas l’intervention française qui m’a rassurée… « Point presse du ministre sur le pavillon français à 11 h 40. » Le SMS tombe sur mon téléphone alors que la plénière n’est pas encore finie. Tant pis, j’abandonne l’écran géant pour me précipiter auprès du ministre de la Transition écologique, François de Rugy, et de sa secrétaire d’État, Brune Poirson, qui ont remplacé au pied levé Édouard Philippe. Celui-ci a annulé sa venue pour gérer la crise des gilets jaunes. « Vous comprenez, me glisse un conseiller, on avait peur que ce soit mal perçu qu’il vienne ici. Déjà qu’on a reproché à Emmanuel Macron d’être en Argentine quand ça a pété samedi… » Mais, demandé-je benoîtement, « justement, cela n’aurait-il pas eu plus de sens qu’il vienne à Katowice et qu’il y fasse le lien entre ces enjeux climatiques cruciaux et les réformes à mener en France ? » Pas de réponse.

François de Rugy et Brune Poirson.

François de Rugy nous a répondu que l’absence d’un dirigeant français n’était pas un problème puisque cette COP était « en quelque sorte une conférence de transition ». Eh oui, « entre celle de Paris en 2015 avec l’accord qui a été signé et celle de 2020, où il y aura à rehausser nos ambitions sur les émissions de gaz à effet de serre ». Comment doucher toute ambition climatique d’envergure…

Heureusement, pour se changer un peu les idées, il y avait toujours l’option Terminator. À défaut d’avoir Donald Trump à la COP, les Polonais ont en effet réussi à convaincre l’ancien gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger de faire étape à Katowice. L’ancien acteur a donc posé le pied en Pologne cette semaine pour la première fois de sa vie.

Arnold Schwarzenegger.

Malheureusement, j’ai raté l’événement people de la journée. Pour deux raisons : la première, c’est que justement, c’était un événement people. En d’autres termes, il fallait réserver sa place une heure avant pour avoir une chance de voir Schwarzie. Et deuxièmement, alors que, assise par terre, je regardais le héros hollywoodien sur un écran de retransmission, je me suis fait attaquer par une caméra. Un caméraman en retard a projeté sa Betacam, c’est-à-dire, pour les non-initiés, sa très grosse et très lourde caméra, contre mon fragile petit crâne. Un peu de cervelle cabossée, une grosse bosse, mais plus de peur que de mal. Lectrices, lecteurs, vous aviez appris hier que pour une COP, nous journalistes devions être un tant soit peu sportif, l’apprentissage de cette journée, est que, en plus, nous devons être casqués.

Je ne voudrais quand même pas vous priver totalement de Schwarzenegger, en costume bleu et cravate verte. Je vous livre donc les quelques phrases que je suis parvenue à glaner après mon accident : interrogé par le président de la COP, Michal Kurtyka, sur le vœu qu’il ferait pour 2048 — clin d’œil au robot du film censé avoir été créé cette année-là, avant d’être envoyé dans le passé — Arnold Schwarzenegger a rendossé sa carapace d’acier : « Je voudrais pouvoir être le Terminator dans la vie réelle, afin de remonter dans le temps et stopper les énergies fossiles au moment où elles ont été découvertes. » Clap de fin pour ce 2e jour. À demain !



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Lire aussi : 6 questions, 6 réponses sur le changement climatique, ses effets, et les responsabilités

Source : Dorothée Moisan pour Reporterre

Photos : © Dorothée Moisan/Reporterre
. chapô : l’accordéoniste lors de la session plénière.

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