Le capitalisme attaque radicalement l’ensemble du monde vivant

J’ai été interrogé par Hugo Tortel pour La Marseillaise. Verbatim :

La Marseillaise : Quel est ce capitalisme qui doit disparaître ?

Hervé Kempf : Les visages du capitalisme sont d’abord les milliardaires. Mais aussi les principaux dirigeants des firmes multinationales – qui représentent une proportion très importante du PIB mondial – et plus généralement les 1 à 3 % des gens qui sont au sommet de l’échelle des revenus. En France, des visages du capitalisme sont par exemple Bernard Arnault, François Pinault ou Vincent Bolloré.

La crise sanitaire a-t-elle dévoilé la péremption de ce modèle ?

H.K. : La péremption, je ne sais pas, mais son état structurel de créateur de crises, oui ! Il ne faut pas oublier que cette pandémie vient de la destruction de la biodiversité et des forêts tropicales et du trafic des animaux sauvages. Cela met en contact des organismes qui vivent tranquillement au fond de la forêt vierge avec l’espèce humaine, qu’ils contaminent alors. Par ailleurs, la pandémie a pris une ampleur mondiale incroyable du fait de la mobilité frénétique de personnes et de marchandises suscitée par le libre-échange généralisé. Enfin, dans nombre de pays, comme la France, cette maladie, pas comparable avec le virus Ebola ou la peste noire, a pris des proportions importantes du fait que l’hôpital public a été affaibli par des années de politiques néolibérales.

Pourquoi l’emploi de qualificatifs aussi « forts » ?

H.K. : Pour faire prendre conscience de la radicalité de l’attaque du capitalisme contre l’ensemble du monde vivant. Nous sommes engagés dans une catastrophe écologique dramatique. Si on la laisse se poursuivre, elle va conduire à une disparition de la biodiversité jamais vue depuis 65 millions d’années et à un bouleversement climatique qui aurait des conséquences dramatiques impliquant une destruction des possibilités de vie dignes pour les humains sur Terre. Je ne peux plus employer des mots doux qui dissimuleraient la réalité de la situation. Elle est créée par un système économique et de pouvoir mortifère et toxique. Il faut le désigner clairement.

Ce franc-parler est-il une réponse à la novlangue utilisée par les néolibéraux ?

H.K. : Tout à fait. Quand on parle de « développement durable » ou de « croissance verte », on reste dans l’eau tiède et dans un refus de changer fondamentalement la structure et les axes du système. J’interpelle le mouvement émancipateur et écologiste pour lui dire que nous n’avons pas en face de nous des dirigeants qui échouent par méconnaissance, mais bien parce qu’ils méprisent la question écologique. Ils veulent essentiellement développer un système allant vers toujours plus de technologies et d’inégalités. Le capitalisme ne peut se maintenir qu’en accumulant toujours plus de capital et en détruisant les biens communs de l’humanité.

Avec la révolution numérique, quelles sont les évolutions à craindre ?

H.K. : Il y a un nouveau paradigme du capitalisme. Il s’est reformulé après la crise de 2008 – qui aurait dû le conduire à une remise en cause – en prenant encore plus confiance en lui-même, notamment avec le développement de l’intelligence artificielle. La matrice du capitalisme imagine un avenir où celle-ci va se développer énormément. Selon cette idéologie, les humains seront hybridés avec les machines, on va repousser les limites du vieillissement et la technologie va répondre à toutes les questions. Dans cette voie qualifiée de « 4e révolution industrielle », il est admis qu’il n’y aura pas de solution à l’écologie à court terme alors qu’on est dans une urgence absolue.

- Photo : Déforestation à Bornéo (Wikimedia)


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