L’École des hautes études EHESS occupée à Paris en soutien à la Zad

11 avril 2018 / Maxime Lerolle (Reporterre)

Des étudiants de l’École des hautes études en sciences sociales « sanctuarisent » ce haut lieu universitaire, à Paris, en soutien à la Zad de Notre-Dame-des-Landes.

  • Paris, reportage

Les jardins de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) sont calmes en cette fin d’après-midi du mardi 10 avril. Un petit groupe d’étudiants profite des derniers rayons de soleil pour bavasser. Pourtant, l’école a vécu une journée historique. Le matin, une assemblée générale décidait l’occupation jusqu’à vendredi du 105, boulevard Raspail, site principal de l’établissement.

Si l’action s’inscrit évidemment dans le mouvement étudiant en cours, elle s’en démarque par son origine : le soutien à Notre-Dame-des-Landes. Camille*, rencontré dans les jardins, raconte le lancement de l’occupation : « Hier soir, nous avons organisé spontanément une réunion pour se demander comment soutenir la Zad. C’est un sujet qui préoccupe pas mal de monde à l’école, aussi bien des élèves que des profs. Nous sommes nombreux à y être allés, et nous y avons même organisé l’an dernier une barricade de mots. Il nous a paru absurde de continuer à produire du savoir critique alors que la ZAD est envahie. Alors plutôt que de parler d’occupation, on a décidé d’occuper. »

En face du 105, un mur sert de « point info Zad ». À 18h, on y apprend que « Collomb s’enlise aux Fosses-Noires ». C’est ici que se tient la Brèche. De son vrai nom : Baraque radicale des êtres qui chatouillent l’État, un collectif étudiant né l’an dernier qui depuis occupe en permanence le local accordé par la présidence.

À cette heure, une bonne partie des membres de la Brèche se trouvent à Saint-Michel, où a lieu le rassemblement de soutien à la Zad. Un petit groupe se détache de la foule pour expliquer avec enthousiasme l’occupation. Georges* nuance aussitôt ce terme : « Ce n’est pas une occupation à proprement parler, puisqu’on a obtenu l’accord de la présidence pour sanctuariser le 105 jusqu’à vendredi. On n’a pas plus non plus assez de forces pour y rester la nuit. » Il n’empêche, la programmation diurne foisonne d’idées. Cerise* détaille la journée du mercredi, très orientée vers Notre-Dame-des-Landes : « On a comme grand projet un atelier de cartographie sensible autour de la Zad, de constituer une grande fresque des lieux. Il y aura aussi un séminaire autogéré alternatif sur la Zad, co-construit par les profs et les élèves. On compte aussi des projections de films toute la journée. On sait pas trop encore vers où ça va ! »

Thibault*, cigarette à la main, l’air sérieux, s’interroge : « La question de la sélection nous concerne beaucoup à l’EHESS. On nous présente comme un “établissement d’élite”. Alors comment positionner une institution comme ça dans le mouvement étudiant contre la sélection ? » La réponse se situe peut-être à Notre-Dame-des-Landes. Ou plutôt, comme le dit Thibault, « au lieu d’aller à la Zad, qu’est-ce que la Zad peut nous apporter ? Comment occuper un lieu ? Qu’est-ce que réoccuper une fac ? C’est ce qu’on va se demander ces trois jours. »



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Lire aussi : Sur la Zad, la difficile résistance face au rouleau compresseur des gendarmes

Source : Maxime Lerolle pour Reporterre

Photos : © Maxime Lerolle/Reporterre

DOSSIER    Notre-Dame-des-Landes

THEMATIQUE    Luttes
20 juillet 2018
Ouvéa, une île paradisiaque rongée par le changement climatique
Reportage
20 juillet 2018
Assa Traoré : « Face aux violences policières, la France doit se lever et dire non »
Entretien
14 juillet 2018
Radio Bambou : La Bièvre, ou l’histoire de la renaissance d’une rivière
Chronique


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Notre-Dame-des-Landes



Sur les mêmes thèmes       Luttes





Du même auteur       Maxime Lerolle (Reporterre)