Journée tendue à l’université de Tolbiac

11 avril 2018 / Maxime Lerolle (Reporterre)

Ce mercredi a été très tendu à Tolbiac après que le président de l’université Paris-1 a demandé une intervention policière pour évacuer les occupants. Grâce aux nombreux soutiens - dont des cheminots - l’alerte évacuation a été levée en fin de journée.

L’atmosphère se tend à Tolbiac. Ce matin, Georges Haddad, le président de l’université Paris-1, a déclaré dans un courriel général avoir « demandé au préfet de police son concours pour rétablir le fonctionnement habituel du centre », suite au franchissement d’une « ligne rouge ». Quelle ligne rouge ? Ce n’est pas dit. Mais il est clair que le doyen a demandé une intervention policière, comme à Strasbourg, Bordeaux et Nanterre.

Depuis, la Commune Libre de Tolbiac vit dans un quasi-état de siège. À 12h, la foule se presse aux portes de l’établissement. Retranchés derrière les grilles fermées et les banderoles qui recouvrent les barreaux, les occupants ne laissent rentrer personne. Des heurts et des incartades éclatent avec des journalistes, qui souhaitaient contre l’avis des occupants filmer l’intérieur des lieux. « Pas de photos, pas de vidéos ! On a reçu des menaces de mort et on se fait tabasser par l’extrême-droite ! », vocifère une occupante à l’encontre d’un caméraman. Lorsque les portes rouvrent à 12h30, les mots d’ordre ne changent pas : « Pas de journalistes à l’intérieur ! »

Impossible de savoir combien de personnes s’y trouvent. Depuis l’extérieur, on en compte entre cent et deux cents, réunies en comité de mobilisation dans la fosse qui marque l’entrée du site, auxquelles il faut ajouter les agents de sécurité restés dans l’enceinte.

Malgré l’angoisse, la Commune ne se retranche pas hors du monde. Aux grilles, les échanges se multiplient. Kebabs, boissons, burgers du « DoMac » voisin : tout est bon pour ravitailler la place. De rares informations circulent, mais toujours avec méfiance, de peur, comme le dit Camille*, « que ça fuite chez les flics ».

Quelques personnes, le visage soigneusement cagoulé, concèdent cependant quelques propos. À condition qu’on n’en fasse pas des « porte-paroles ». Fantômette* en fait partie. Si elle précise que son « avis n’engage [qu’elle] », elle décrit un état d’esprit tendu derrière les grilles : « La voie légaliste arrive dans une impasse. On nous renvoie toujours au fait démocratique de la majorité contre la minorité. Ça n’a plus de sens aujourd’hui. Avec ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes, où les policiers ne respectent pas la loi, les gens acceptent de plus en plus l’idée d’une voie légitimiste. »

Notre interlocuteur n’en dira pas plus sur l’organisation de la défense, mais s’enthousiasme du fait qu’à l’intérieur, « des gamins qui viennent de passer le bac redécouvrent et se réapproprient l’histoire populaire des luttes ».

La « voie légitimiste » semble gagner, toutes proportions gardées, jusqu’au petit cortège CGT qui arrive à 12h30. Une dizaine de travailleurs et travailleuses de la Bibliothèque nationale de France voisine, venus, comme le dit Antoine*, « apporter de l’aide en cas d’intervention policière ». « C’est l’urgence de la menace qui nous a décidé à venir », précise sa collègue Jessica*. Le petit groupe a fait sienne la lutte étudiante. Comme le clame François* : « Nous partageons les revendications et les modes de revendication des étudiants. »

Vers 17h, l’alerte évacuation est levée pour aujourd’hui. Elle aura attiré de nombreux soutiens venus faire plier la présidence de Paris1 dans le bras de fer qui s’est engagé. Les cheminots présents ont été chaleureusement accueillis.

* Les prénoms ont été modifiés




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Source : Maxime Lerolle pour Reporterre

Photos : © Maxime Lerolle/Reporterre

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