Édito des lecteurs : Marche pour le climat, effondrement, Linky, migrants…

15 octobre 2018 / Les lectrices et lecteurs de Reporterre

Voici une sélection des nombreux courriels que nous recevons tous les jours. Réactions à des articles, coups de cœur, coups de gueule, témoignages, poèmes… cette tribune régulière vous est ouverte. Merci de nous lire et de réagir !

Si vous souhaitez participer au courrier des lecteurs, n’hésitez pas à nous envoyer un courriel à planete (arobase) reporterre.net, en spécifiant [courrier des lecteurs] dans l’objet. À bientôt !


Marcher pour le climat ?

Je suis contre la Marche pour le climat, car elle rencontre les limites de notre démocratie… Le pays dans lequel nous vivons est sous protectorat du confort, de l’argent, des masses, des industriels et des replis communautaires et/ou religieux. Plutôt que d’aller user nos chaussures, travaillons à construire des « Oasis », dans les écoles de vos enfants, dans vos villages, vos communes. L’enseignement de nos bambins et la politique à l’échelle des communes restent nos seuls espoirs de voir bouger les lignes.
Franck

Le glyphosate ne sera plus utilisé dans les forêts publiques

J’ai vu que vous aviez relayé dans vos brèves le fait que l’ONF vient d’interdire l’utilisation de glyphosate dans les forêts publiques. C’est évidemment une très bonne décision. Cependant j’attire votre attention sur le fait que ce n’est malheureusement pas pour des raisons environnementales mais règlementaires. De plus, l’utilisation de glyphosate était très marginale puisque d’après les chiffres annoncés cela concernait environ 800 hectares sur seulement 4 millions gérés. Ce qui permet une belle opération de com’ pour vraiment pas cher ! Bizarrement, ils n’ont pas envoyé de communiqué de presse concernant la suppression de 226 postes en 2019… L’ONF était et pourrait être un « outil » formidable au service du bien commun forestier, c’est malheureusement de moins en moins le cas et cela va empirer jusqu’à ce que ça s’appelle Veolia forêt…
Thomas

Chronique du Jardin sans pétrole

Je suis lecteur assidu de Reporterre depuis quelques années, avec toujours autant de plaisir et d’intérêt. Je me permets un retour sur la chronique du Jardin sans pétrole, dont je saisis l’intérêt, mais qui me parait bien éloignée du but affiché, c’est-à-dire de parler de jardinage écologique. Étant moi-même jardinier et salarié agricole, je vois surtout qu’il s’agit d’un jardin de loisir, ce qui est tout à fait respectable, mais je ne vois pas l’intérêt de mettre ce type d’initiative en avant.
Clément

  • Reporterre — Avec la chronique du Jardin sans pétrole, il ne s’agit pas de dispenser des enseignements ou des recettes sur l’agriculture biologique, ce que d’autres revues font très bien. Cette chronique est plutôt un voyage, une tentative de se reconnecter à univers plus « sauvage » et une expérimentation de pratiques dictées par le ressenti. Ce qui nous semble important dans ce récit, c’est le changement qu’il porte par la réflexion vis-à-vis des normes, la capacité à faire soi-même, la conscience qu’il nous a permis de développer, même sans grandes connaissances. Un loisir ou une urgence ? Pour Christine Laurent, l’auteure de la chronique, il s’agit d’« une manière positive et constructive de répondre à l’urgence ».

Visiteur « persona non grata » à la centrale du Bugey

Je m’étais inscrit à la visite de la centrale du Bugey dans le cadre des journées portes ouvertes, comme tout citoyen concerné par cette industrie si sensible et si décriée, désireux de mieux appréhender toutes les données. Tout semblait bon (mél. de confirmation reçus) jusqu’à ce qu’une personne de la centrale me laisse un message sur mon portable ce samedi matin, pour me signifier que « finalement, pour la visite, ça ne va pas être possible… ».

Entretemps, j’apprends qu’une autre militante de Lyon est également interdite de visite. Je me rends tout de même à l’accueil le samedi matin avec elle. Nous demandons le motif de ce revirement, et les personnes de l’accueil nous expliquent que ce sont les services de la préfecture qui ont besoin de davantage de temps pour finaliser un « complément d’enquête » concernant nos augustes personnes.

Nous demandons si par le plus grand des hasards, il y aurait un lien entre notre positionnement public contre l’énergie nucléaire, et cette décision pour le moins arbitraire. Il nous est répondu que nous devrons contacter les services compétents de la préfecture pour obtenir une réponse.

Renseignements pris auprès de la préfecture, je comprends assez vite que les services de l’État n’ont jamais demandé un quelconque complément d’enquête me concernant, et que dans tous les cas, la préfecture ne fait que proposer un avis, mais ne prend aucune décision concernant l’entrée sur le site. Cette décision finale relève toujours de l’exploitant (EDF et le directeur de la centrale).

Il parait que nous vivons dans un pays dit « démocratique ». Ainsi, je pense qu’il demeure essentiel — et sain — que la critique et la liberté d’expression restent possibles, même sur des sujets aussi sensibles que l’énergie nucléaire, même dans le cadre des journées du patrimoine, et même durant la visite d’une centrale, qui a priori, n’aurait rien à dissimuler concernant son parfait fonctionnement.

Jean-Pierre, militant de Sortir du nucléaire Bugey

Pourquoi les écologistes ne pèsent-ils pas plus ?

J’aimerais réagir, non pas tant au départ de Nicolas Hulot lui-même et à son discours-testament sur France Inter, mais plutôt à de nombreux commentaires et analyses entendus dans les médias.

Je mets de côté tous ceux qui insistent sur le caractère « particulier » ou la « fragilité psychologique » de l’ex-ministre, finalement pas si bien taillé pour la politique, et qui commet l’impair de partir sur un coup de tête. Ce type de commentaire, qui sent la com’ de crise à plein nez, évite surtout de parler du fond, c’est-à-dire de tout ce qui n’a pas été fait pour donner du sens au ministère Hulot.

Mais par ailleurs, au fil des analyses, on entend ici et là que si la transition écologique avance si peu (sous Hulot et plus largement depuis plusieurs présidences), c’est dû principalement à la nullité des écologistes, qui passent leur temps à se chamailler entre eux, et qui ne sont même pas fichus de faire des scores convenables aux élections. En plus, au lieu d’être raisonnables dans les réformes qu’ils proposent, ils sont radicaux et intolérants. Je caricature à peine…

J’aimerais rappeler que ce qui empêche les écolos d’accéder aux responsabilités et d’agir, ce n’est pas leur incapacité politique, c’est le système électoral français. Par exemple, quand il y a de la proportionnelle, il y a des écologistes dans des municipalités, dans des régions ou au Parlement européen, et ils y font du bon travail : actions municipales concrètes, expérimentation de solutions, évolution de la loi et des règlementations, argumentaires et initiatives diverses.

Le système électoral de la présidentielle et des législatives les broie (comme tous les partis non dominants ou n’ayant pas conservé une influence acquise il y a plus longtemps) et l’interrogation sur les stratégies d’alliance occupe une trop grande part de leurs débats (les fameuses chamailleries internes). C’est d’autant plus fort dans un parti qui récuse la professionnalisation de la politique et qui refuse les soutiens autres que purement citoyens.

Ce qui limite aussi l’action des écologistes quand ils entrent au gouvernement (et plus généralement les ministres de l’Environnement successifs), c’est justement l’action en sens contraire des autres ministères et l’absence de soutien dans les arbitrages. Le court terme privilégié par rapport au long terme, le productivisme et la croissance préférés à la pédagogie de la sobriété, ainsi que le goût pour un futurisme technicien assez primaire.

La presse, qui reste majoritairement dans une lecture conformiste de la politique, relaie complaisamment l’idée de l’insuccès de l’écologie, trop minoritaire, trop radicale et punitive donc impopulaire, trop inefficace politiquement.

Ces discours pourraient être résumés ainsi : quel dommage que Nicolas Hulot parte, nous sommes pourtant tous écolos, ou en train de le devenir, mais il faut être patient et se satisfaire du mince vernis vert que nous voulons bien tolérer pour ne pas avoir l’air trop cyniques. N’accusez pas les Français, qui font ce qu’ils peuvent, ni le gouvernement, qui lui est occupé aux choses sérieuses (la croissance, la rigueur budgétaire, la compétitivité). Ce n’est pas à eux de faire de l’écologie, c’est à ceux qui y croient assez pour continuer à voter écolo, c’est aux ministres dédiés, même entravés sur leur strapontin ministériel. Et ceux-là, croyez-nous, ils ont un bilan effectivement désastreux. Si la planète se réchauffe et si les abeilles disparaissent, ce sera leur faute, pas celle de ces pauvres citoyens qu’il faut arrêter de culpabiliser ni des dirigeants qui ont plus important à faire.

Antoine

Comment répondre à la crise écologique ?

Tandis que la planète se réchauffe, que la biodiversité s’érode et que les pollutions globales augmentent, une large part de l’activisme écologique débat de deux visions radicalement opposées, et à mon avis intenables, des solutions possibles.

La première approche, « l’individualisme écologique », entend responsabiliser le citoyen comme consommateur eco-friendly. Il lui reviendrait d’avoir un mode de vie plus durable, à commencer par une diminution de sa consommation de viande et de son utilisation des modes de transports émetteurs de gaz à effet de serre (GES).

Une seconde vision de l’écologie maintient que les actions individuelles sont inutiles, tout au plus une goutte d’eau dans l’océan de pétrole que nos sociétés s’évertuent à flamber, un concept n’ayant pour but que de s’acheter une bonne conscience. Selon cette seconde approche, la principale source de nos maux serait le « système capitaliste ». Et donc la seule solution viable pour préserver notre environnement est évidente : il nous faut « changer de système ».

Cette critique générale et vague du système capitaliste, sans proposer d’alternative, me semble à la fois ridicule et erronée. Ce système nous nourrit, nous habille, finance la science qui nous soigne, rémunère nos auteur.e.s et musicien.e.s, garantit le budget de notre éducation, m’a permis d’écrire cet article et vous permet de le lire. Si l’on ne propose pas d’alternatives à la fois spécifiques et détaillées, autant ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Il est aujourd’hui évident que notre système économique fondé sur un marché largement décentralisé et mondialisé génère d’immenses effets négatifs sur notre environnement (« externalités environnementales »). Malheureusement, les solutions sont souvent au cas par cas, et aucune pilule miracle ne permettra à elle seule de préserver notre environnement.

Pour autant, l’individualisme écologique, tant qu’il reste individualiste, n’est pas tenable. Acheter bio demain matin ne préservera pas la biodiversité de nos sols et n’invitera pas les arthropodes à revenir. Fabriquer son dentifrice dans son coin ne limitera pas la quantité de plastique présente dans les océans.

La responsabilisation écologique, pour qu’elle soit tenable en tant qu’actrice du changement, doit s’inscrire dans une perspective de participation à un mouvement collectif. Un individu qui mange bio tout seul ne changera rien, mais un groupe d’individus peut amener le bio à 6,5 % de la surface agricole utile. Les organisations collectives et l’orientation des politiques publiques sont les plus à même de parvenir à préserver notre environnement. Les associations et ONG qui s’inscrivent dans cette optique sont multiples et il revient à chacun de s’impliquer, à la mesure de ses possibilités.

Joachim

Chanson pour les migrants

J’ai repris la comptine Maman, les petits bateaux, j’en ai modifié la mélodie et les paroles pour en faire une chanson qui évoque les migrants et l’Aquarius. Vous pouvez voir la vidéo ici, et les paroles sont ci-dessous.

Maman les petits canots qui dérivent sur l’eau portaient-ils des hommes ?
Mais oui, mon gros bêta, s’ils n’en étaient pas, on ne les accueillerait pas.
Allant droit devant eux, ils se moquent du tour du monde.
Même si la Terre semble ronde, ils ne reviennent, ils ne reviennent pas chez eux.

Maman le grand bateau qui les sort de l’eau a-t-il une ancre ?
Mais oui, mon gros bêta, s’il n’en avait pas, il n’accosterait pas.
Allant droit devant eux, on leur fait faire le tour du monde.
Même si la Terre semble ronde, ils ne reviennent, ils ne reviennent pas chez eux.

Maman, on est sur le même bateau, et ils sont dans l’eau, a-t-on une conscience ?
Mais oui, mon grand bêta, si on n’en avait pas, on ne les pleurerait pas.
Coulant droit devant nous, ils achèvent leur tour du monde.
Même si la Terre semble ronde, ils ne parviennent, ils ne parviennent pas chez nous. »

Michaël

Non, l’humanité n’a pas toujours détruit l’environnement

On est d’accord que les tribunes doivent bénéficier de toute liberté, mais ne faudrait-il pas quand même poser en principe que les textes ne doivent pas avoir pour objet de discréditer des personnes inspirantes pour l’environnement et lançant des alertes nécessaires ?

La tribune des deux auteurs (« Non, l’humanité n’a pas toujours détruit l’environnement ») qui dévalorise le discours d’Aurélien Barrau me fait de la peine. Si je peux être d’accord avec le fond de l’article, je suis révolté par sa forme. Il y a ici une malhonnêteté intellectuelle qui tendrait à dire que parce que Barrau pense que la destruction de l’écosystème par l’humain est « endémique », il est fataliste. Personnellement, j’avais très bien compris où voulait en venir Barrau en affirmant cela, c’est-à-dire, comme disent justement les auteurs de la tribune, que « l’idéalisation du passé est un écueil à éviter ». Rien dans son discours n’est fataliste, et tout laisse comprendre que selon lui notre civilisation doit radicalement changer.

S’il y a quelque chose de mortifère, ce n’est pas tant le fait d’oublier momentanément les civilisations non destructrices pour l’environnement (je crois que Barrau est suffisamment intelligent pour reconnaître ses erreurs), mais de vouloir diviser les écologistes en « trop extrêmes ou pas assez ouvertement anticapitalistes ».

Raphaël (militant climat / antipub / social / féministe / proReporterre)

  • Reporterre — À propos du choix des tribunes, Reporterre souhaite être un espace de débats entre différents mouvements et pensées écologistes. Que les textes publiés suscitent des discussions, des réactions, des réflexions… c’est une bonne chose ! L’important, à nos yeux, étant que tous les points de vue, pourvu qu’ils ne soient pas diffamants ni injurieux, puissent être exprimés.

Linky, un ancien installateur raconte : « On nous demandait de mentir au client »

Félicitations, votre article à propos du poseur de Linky, publié le 2 octobre, était très bon (« Linky, un ancien installateur raconte : “On nous demandait de mentir au client” »). Mais détail : cette affirmation selon laquelle « son déploiement sur tout le territoire a été voté dans la loi de transition énergétique adoptée en juillet 2015 » est erronée. Rien dans cette loi ne fait allusion à une quelconque contrainte et à l’existence de compteur communicant captant des données privées et injectant du courant porteur en ligne dans les circuits domestiques. Dans cette loi, il est question de « réseaux intelligents » sans plus de précisions.

Cet argument concernant l’existence d’une loi (parmi d’autres lois) fait partie de l’arsenal fallacieux dont se sert Enedis pour créer inquiétude et angoisse auprès des personnes réfractaires à l’installation de ce compteur. Il est aussi un des arguments dont se servent régulièrement les forces de l’ordre, les maires frileux et autres élus dociles pour écarter tout respect aux lois existantes qui, elles ,viennent contrecarrer les contre-vérités d’Enedis.

Nous sommes très souvent confrontés à ce genre d’affirmations fallacieuses assénées par Enedis et l’État.

Walter

  • Reporterre — Après ré-étude du texte de loi en question, il se trouve qu’en l’occurrence il y est bien fait référence à un instrument de comptage, communicant des données. Voici l’extrait de la loi en question : Loi no 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte. « Art. L. 337-3-1.-Pour les consommateurs domestiques bénéficiant de la tarification spéciale prévue à la présente sous-section, la mise à disposition des données de comptage en application de l’article L. 341-4 s’accompagne d’une offre, par les fournisseurs, de transmission des données de consommation, exprimées en euros, au moyen d’un dispositif déporté d’affichage en temps réel. La fourniture de ces services et de ces dispositifs ne donne pas lieu à facturation.
    Un décret précise les modalités d’application du présent article, qui tiennent compte du déploiement des dispositifs prévus au premier alinéa de l’article L. 341-4. »

    Il est cependant vrai qu’il n’y est pas fait mention de « contrainte ». Et c’est sûrement l’une des façons pour Enedis d’en effet jouer avec les mots.



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Source : Courriels à Reporterre

- Dans le courrier des lecteurs, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

Dessin : © Red !/Reporterre

Photos :
. climat : © Fanny Dollberg/Reporterre
. forêt : DR
. jardin : © Christine Laurent/Reporterre
. Hulot : capture d’une vidéo de France Inter du mardi 28 août 2018.
. dessin : © Berth/Reporterre
. Linky : © Maud de Carpentier/Reporterre

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