Contre l’éolien industriel, la Zad de l’Amassada s’organise pour durer

12 février 2019 / Valérie Lassus (Reporterre)

La Zad aveyronnaise de l’Amassada, opposée à la construction d’un super-transformateur électrique, organisait dimanche 10 février un pique-nique de soutien. Enjeu : préparer la résistance, alors que l’arrestation récente de cinq opposants préfigure une possible tentative d’expulsion par la gendarmerie.

  • Saint-Victor-et-Melvieu (Aveyron)

Il pleut. Une pluie aux airs de neige accompagnée de folles bourrasques qui font comprendre pourquoi l’Aveyron, l’est du Tarn et le nord de l’Hérault, en région Occitanie, sont chéris des constructeurs d’éoliennes. C’est pourtant ce dimanche 10 février qu’a lieu le pique-nique de soutien à l’Amassada (« assemblée », en occitan), en prélude à l’hebdomadaire assemblée générale. Les plats, modestes ou élaborés, sont installés en mezze sur une longue table à l’intérieur de la « halle », un bâtiment construit par les occupants ; un poêle qui mériterait un prix au concours Lépine est allumé ; le chat sans nom, mascotte du lieu, est à la fête. Les conversations vont déjà bon train entre la cinquantaine de personnes qui ont franchi à pied les barricades bloquant les trois chemins d’accès à ces près de six hectares à défendre. Outre ceux qui ont dormi là, des petits groupes sont arrivés des hameaux et villages alentour, de Saint-Victor, ou de plus loin : du nord du département, du Tarn voisin (marqué par l’épisode du barrage de Sivens), de Notre-Dame-des-Landes. Deux membres de la Confédération paysanne, qui soutient la lutte contre le projet de transformateur et contre l’industrialisation des campagnes, sont là aussi. Pas de peur, pas de découragement. Au contraire, une pointe de colère en plus, le même dégoût en fond et une détermination à tenir en étant conscient des menaces.

Mardi 12 février, le tribunal de Rodez doit décider du complément d’indemnisation des ex-propriétaires en indivision et de l’association Plateau survolté, qui représente le village, tous expropriés par RTE (Réseau de transport d’électricité). L’entreprise de transport d’électricité a acquis des terrains sur lesquels doit être construit un second super-transformateur sur cette commune, lié à l’extension de l’éolien industriel dans le sud de l’Aveyron. Une somme dérisoire est attendue. Les quelques expropriés présents en sourient, ce n’est pas ça l’important. « Quand mon grand-père a acheté ces terres, il voulait le meilleur. Ce sont d’excellentes terres agricoles, mon mari en exploite encore une partie », explique Marie, qui possédait, via sa famille, la quasi-totalité des six hectares où doivent se dérouler les travaux, l’espace dédié au transformateur lui-même étant de 12.000 m².

« Quand ma sœur m’a cédé sa part, je voulais que le fait de devenir propriétaire ait un sens. C’est pourquoi j’ai revendu quatre parcelles, dont le cœur de l’Amassada, à 134 indivisibles. » Une tactique déjà utilisée à Notre-Dame-des-Landes pour compliquer les expropriations en multipliant les procédures. « Ce qui est choquant, c’est la façon dont une entreprise peut disposer du bien des gens en claquant des doigts. Une voisine vient d’ailleurs d’être informée qu’une partie de sa propriété qui jouxte le terrain sera utilisée pendant trois ans par l’entreprise chargée des travaux [pour du passage, des lieux de vie, etc.] et il n’est même pas question d’indemnisation, sans parler d’un quelconque accord ! »

« Nous devons maintenir une présence à l’Amassada, malgré les risques » 

Bien plus que la routine juridique des expropriations rendues possibles par la déclaration d’utilité publique, signée en juin 2018, juste avant sa démission, par Nicolas Hulot, ce qui inquiète les occupants de la zone à défendre de Saint-Victor-et Melvieu, c’est l’accentuation des pressions des pouvoirs publics. Elle s’est brusquement manifestée mercredi 6 février par l’arrestation sur le site des cinq personnes qui l’occupaient. Après un passage en garde à vue de plusieurs heures dans des gendarmeries différentes, des décisions administratives ont établi que deux d’entre eux sont interdits de présence sur le site de l’Amassada et les trois autres en Aveyron, en attendant leur jugement le 3 juillet.

Gladys insiste : « L’occupation illégale du bien d’autrui, c’est ce qu’ils ont trouvé de mieux pour pouvoir arrêter des participants. La peine maximale encourue est d’un an, ce qui leur permet de placer les gens arrêtés en garde à vue. En réalité, il est probable qu’il y ait non-lieu. Ces actions sont vraiment pour nous mettre la pression. » Active dans la lutte depuis trois ans, elle ne lâchera pas. Tant pis pour son côté rébarbatif, le droit est une arme dans les luttes zadistes. L’avocat de ce groupe est d’ailleurs en relation avec celui de Bure. « Parce que les luttes que nous menons ici résonnent ailleurs, dit Harold, nous devons maintenir une présence à l’Amassada, malgré les risques. C’est un lieu symbolique, mais c’est là aussi, dans cette communion, dans le fait de faire des choses ensemble que nous trouvons notre force. »

Donc, l’occupation continue. Comment ? C’est la question du jour de cette assemblée générale consacrée aux nécessaires aménagements de la présence sur le lieu des volontaires et à la façon de communiquer au mieux, c’est-à-dire au plus. En appelant déjà au « carnaval action » à Millau le 9 mars, en même temps que la tenue d’un débat sur l’industrie de l’éolien. En encourageant à soutenir la marche des lycéens pour le climat, le 15 mars. Fin janvier, RTE a obtenu le feu vert pour commencer les travaux, cette semaine, le maire de Saint-Victor (élu pour son opposition au projet de second transformateur sur sa commune) est convoqué à la préfecture de Rodez. Pour la première fois des arrestations ont été faites.

L’envie de boucler l’affaire se fait sentir du côté des autorités de façon pressante. Pourquoi une telle urgence sur un projet qui grippe depuis 2009 ? Peut-être à cause... des petits oiseaux. En effet, il est bien possible qu’avec une absurdité et une hypocrisie tout à fait dans l’air du temps, le maître d’œuvre qui s’apprête à transformer six hectares de bocage en chantier dantesque pour les trois prochaines années respecte la loi qui impose de ne procéder à aucune coupe d’arbres entre mars et juillet pour permettre à l’avifaune de se reproduire. Espoir mis à part, le calendrier s’accélère et la nécessité de tenir se fait plus impérieuse. « Pas res nos arresta ! » (Rien ne nous arrêtera !) lance Gladys en guise de conclusion.



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Lire aussi : En Aveyron, la bataille contre le transformateur électrique entre dans une nouvelle phase

Source : Valérie Lassus pour Reporterre

Photos : © Alain Pitton/Reporterre
. chapô : la Zad de l’Amassada, dimanche 10 février 2019.

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