Ce que vous ne pourrez pas détruire

12 avril 2018 / Collectif Barricades de mots

Il y a plus d’un an, un collectif d’intellectuels avait érigé « érigé de symboliques “barricades de mots et de livres” » pour défendre la Zad. Aujourd’hui, devant cette « semaine sanglante », les membres de ce collectif « joignent le geste à la parole » en appelant à se rendre sur la Zad pour faire obstacle aux bulldozers.

Le Collectif Barricades de mots, pour soutenir le « puissant terreau qui fertilise les imaginaires politiques » qu’est la Zad a notamment créé, en 2016, un abécédaire.


En novembre 2016, nous avions à l’invitation de la bibliothèque du Taslu, érigé de symboliques « barricades de mots et de livres » et un abécédaire pour marquer la solidarité du monde des livres, des lettres et des savoirs à la Zad de Notre-Dame-des-Landes. « La Zad, écrivions-nous alors, n’est pas une “zone de non-droit” : c’est un monde d’autoorganisation, de création de communs hors de la marchandise, d’échange de savoirs et d’agriculture paysanne, de féminisme et de solidarité avec les migrant.e.s, un monde où se déploient de nouvelles façons d’habiter le territoire et de se soucier du vivant. C’est un puissant terreau qui fertilise les imaginaires politiques, un lieu auquel nous sommes puissamment attaché.e.s, une richesse que nous sommes résolus à défendre. »

L’abandon du projet d’aéroport a confirmé, s’il en était besoin, la justesse de cette lutte. Mais depuis lundi, et alors qu’un dialogue était possible, une opération quasi militaire vient détruire des lieux de vie, des troupeaux, des fermes collectives, et blesser des habitants là où une douzaine d’enfants sont nés ces dernières années. Cette semaine sanglante ne peut nous laisser indifférent.e.s.

Mercredi 11 avril, sur la Zad.

Ce que les milliers de soldats et le gouvernement cherchent ici à éradiquer, c’est la singularité d’un lieu. C’est la beauté d’un bocage habité qu’on a voulu bétonner. Ce sont des mares et des tritons que des experts de la « compensation » entendaient déplacer ailleurs. C’est la poésie d’un habitat léger construit à des milliers de mains. C’est une joie de vivre (et parfois de s’engueuler) sans acheter ni déléguer. Bref, c’est la récalcitrance d’un territoire-Commune aux logiques d’aménagement infrastructurel comme de valorisation financière.

Ce que ce gouvernement veut faire disparaître dans le fracas des grenades, c’est la possibilité d’une brèche

Ce que Macron, Hulot et Collomb cherchent à annihiler sous les bulldozers, c’est l’idée même qu’il puisse être possible d’habiter quelque part en France et de travailler la terre en dehors des cadres et des normes de l’agriculture productiviste, de l’endettement au Crédit agricole et de la propriété privée.

Ce que ce gouvernement veut faire disparaître dans le fracas des grenades, ce sont les traces d’une victoire porteuse d’espoir. C’est l’écologie d’un laboratoire des nouveaux mondes. C’est la possibilité d’une brèche.

Cela fait maintenant plusieurs années que les traces de l’Université de Vincennes ouverte en 1968, de ses fulgurances d’intelligence et ses alternatives pédagogiques, ont été rasées dans le bois de Vincennes, comme pour éradiquer jusqu’au souvenir même d’avoir osé vouloir changer le monde et partager les savoirs. Nous ne pouvons laisser une éradication similaire s’opérer à Notre-Dame-des-Landes.

Après les barricades de mots nous, « intellectuel.le.s », joignons le geste à la parole. Ayant rejoint la Zad, nous appelons nos collègues, et toutes les personnes indignées par ce déferlement de violence, à se joindre aux barricades de corps qui font face aux bulldozers, à prêter main-forte aux cantines et aux chantiers qui déjà reconstruisent. Dès maintenant, ainsi que dimanche à la manifestation de réoccupation. 

Lundi 9 avril, sur la Zad.

LES MEMBRES DU COLLECTIF BARRICADES DE MOTS

Geneviève Pruvost, Chargée de Recherche CNRS
Christophe Bonneuil, Directeur de Recherche CNRS
Barbara Glowczewski, Directrice de Recherche CNRS, médaille d’argent du CNRS

Sara Aguiton, Chargée de Recherche CNRS
Sandra Alvarez de Toledo, Éditrice de l’Arachnéen
Santiago Amigorena, Écrivain et réalisateur.
Geneviève Azam, Professeure hon., Univ. Toulouse
Ludivine Bantigny, Maîtresse de conférence, Univ Rouen.
Anne E. Berger, Professeure, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis
Dominique Bourg, Professeur, Université de Genève
Sylvaine Bulle, Professeure ENSA Paris Val de seine
Isabelle Cambourakis, Éditrice
Marion Carrel, Maîtresse de conférences, Lille-3
Denis Chartier, Maître de conférences, Univ. Orléans
Yves Citton, Professeur, Université Paris 8, revue Multitudes
Jean-Baptiste Comby, Maître de conférences, Univ. Paris 2
Philippe Corcuff, Maître de conférences, IEP de Lyon
Alain Damasio, Romancier
Stéphanie Dechézelles, Maîtresse de Conférence, Sciences Po
Jules Falquet, Maîtresse de conférences, Université Paris Diderot
Vincent Gay, Maître de Conférence, Université Paris-Diderot
Jérôme Gleizes, PRAG, Univ. Paris 13, EcoRev’
Anahita Grisoni,
Emilie Hache, Maîtresse de Conférence, Univ. Paris-Nanterre
Hugues Jallon, Éditeur, Ed. du Seuil, écrivain
Michel Kajman, Journaliste
Hervé Kempf, Essayiste
Michel Lallement, Professeur, Cnam
Sandra Laugier, Professeure, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Christophe Laurens, Architecte
Frédéric Lordon, Directeur de recherche Cnrs.
Lilian Mathieu, Directeur de recherche Cnrs.
Hélène Merlin-Kajman, Professeure, Sorbonne Nouvelle-Paris 3
Catherine Neveu, Directrice de Recherche CNRS
Héloïse Nez, Maîtresse de Conférence, Université de Tours
Albert Ogien, Directeur de Recherche CNRS
Maurice Olive, Maître de Conférence, Univ. Aix-Marseille
Alessandro Pignochi, Auteur
Sylvain Piron, Directeur d’études à l’EHESS
Geoffrey Pleyers, Professeur Univ. de Louvain & Collège d’Études Mondiales
Josep Rafanell, Psychologue
Kristin Ross, Professeure hon. New York Univ.
Pablo Servigne, Auteur
Yves Sintomer, Professeur Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis
Jean-Louis Tornatore, professeur, université de Bourgogne
Dénètem Touam Bona, Écrivain.
Mayette Viltard, éditrice L’UneBevue




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Lire aussi : Zad de Notre-Dame-des-Landes : 15 jours de résistance à l’intervention militaire

Source : Courriel à Reporterre

Photos : © Jérémie Verchere/Reporterre sauf :
. banderole : © Emmanuel Brossier/Reporterre
. chapô : Le 11 avril, près de La Rolandière (Zone à défendre)

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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